La trottinette électrique c’est has been, le diable c’est trendy !

Vous êtes sur le point de déménager.

 

Et, à moins que vous ne soyez Ceinture Noire de planification, vous êtes à la rue.

 

Car, quand on déménage, on est à la rue. Avant, pendant, et (looooongtemps) après. Si, si.

 

Si vous n’êtes pas encore rentrés dans le vif du sujet, et que vous voyez toujours cela comme une banale formalité, il est temps d’écouter les Vrais, ceux qui savent parce qu’ils En sortent.

 

Un déménagement, c’est d’abord l’occasion d’enfin, faire le tri parmi ses amis : out, celui qui ne peut pas venir parce qu’il a « les 80 ans de tata Paulette », mais qui est libre tous les autres week ends de l’année, quand votre piscine / clim / cave (rayez les mentions inutiles) lui sont grandes ouvertes.

 

In, définitivement In, l’ami qui fait garder ses enfants par une baby sitter gothique pour être là,  en étant parfaitement conscient qu’il n’y a aucune chance ni que cela commence à 8h, ni que cela soit fini à midi  

(et 26 siècles d’Histoire de déménagements sont là pour lui donner raison, il suffit de voir le bordel qu’il y avait sur l’Arche de Noé …)

 

 

Il est certes possible que cet ami là vienne s’acheter une vie sociale à peu de frais : mais il est bien plus probable qu’il vous aime sincèrement, au point d’être fidèle au poste, même quand il s’agira de trimballer les 16 m3 de chaussures de votre femme, et vos 120 objets Star Wars d’adulescent attardé.

 

 

Un déménagement c’est aussi l’occasion unique de rendre hommage à Kafka, et se perdre avec délice dans les méandres de l’administration : se demander le 3 septembre à quelle école iront vos gosses la semaine suivante, pré réserver une place dans 7 crèches différentes, et - cerise sur le gâteau - passer 16 heures à écouter monsieur Free vous expliquer comment vous passer d’Internet pendant 6 ans.

 

 

C’est enfin un tas d’angoisses qui vous réveillent en plein milieu de la nuit, en sueur sur votre matelas de camping provisoire en Lycra : Nom de Dieu, ou vais-je donc pouvoir me procurer cette divine côte de porc de chez Garcia, qui m’aida à surmonter tant de coups durs ? Et ma petite flute tradition au Levain de chez Serres, ou vais-je le trouver, maintenant que Serres n’est plus au pied de chez moi ? Hein ?

 

 

Bref, déménager, c’est mourir un peu, pour paraphraser le poète.

 

 

Je n’ai hélas pas la solution à tous les problèmes (ce serait trop beau), mais j’ai déjà celle qui vous épargnera 20 séances de kiné : j’ai nommé « Marco el Diablo », un diable unique en son genre, qui, depuis 1982 a déménagé à peu près tout le quartier de St Cyprien, sans la moindre défaillance.

 

 

Pas simple de dater sa naissance –une peinture rupestre de Marco aurait été retrouvée à Padirac – mais il peut se vanter d’avoir parcouru plus de distance que Youri Gagarine lui-même, transportant, par le truchement de ses 2 roues magiques, quelques milliers d’objets plus ou moins utiles, plus ou moins avouables, et ce pour le plus grand bonheur de ses propriétaires successifs.

 

 

Marco, certains disent même qu’ils l’ont vu voler.

 

 

Je cède ce fragment d’histoire au prix modique de 20€, que je ne peux hélas pas baisser pour cause de pari avec le pote qui a déménagé les 16m3 de talons à aiguilles : il y a une tournée de grenadine à la clé, et, comme dirait Jacky, on ne rigole pas avec la grenadine.

 

Et si vous trouvez que c’est cher, vous pourrez toujours vous consoler en vous disant que cette somme contribuera à encourager les élucubrations littéraires d’un auteur pas encore bankable…

 

 

© Nicolas CEDRAS, Juillet 2019

 

 

PS : Pour les moins romantiques d’entre vous, qui ne manqueront pas de me le demander, Marco mesure 90 cm de haut (en position rabougrie) à 115 cm (une fois déployé), pour un plateau d’une superficie totale de 19,5 cm2  (13 cm de large sur 15 de long). Et non, je n’ai pas de facture d’achat

 

 

PPS : J’ai même mesuré le diamètre des roues (15 cm) pour les Fans des Chiffres et des Lettres, mais à mon avis, à ce niveau de détail, il faudrait penser à aller voir quelqu’un...