Rameur, jamais servi (comme 97 % des rameurs)

Amis haltérophiles alternatifs, camarades culturistes, potos philanthropes, timides témoins de Jehova, bien le bonjour !

 

Pour fêter le Printemps, j’ai décidé d’assumer l’abandon ferme et définitif de mes résolutions 2011 à 2019 (inclus), à savoir– comme c’est original - perdre du poids.

 

Comme tant de naïfs, à qui des commerciaux sans scrupule ont vendu du rêve, j’avais espéré qu’Albert, mon rameur flambant neuf 5 vitesses me permettrait de retrouver l’éclat de ma jeunesse, le temps béni ou mon corps de beau gosse plaisait aux Martine, Sylvie, Danièle, Sylviane, et autres Geneviève(s).

 

J’ai donc cédé avec enthousiasme aux sirènes du culturisme d’appartement, et sauté sur l’occasion unique proposée par l’escroc de régler ce bijou de technologie en 144 mensualités de 700 €  (à sa décharge, il a eu la gentillesse de me faire bénéficier d’un tarif spécial « Foire au Cochon »).

 

Si vous avez croisé la route de ces sympathiques intermédiaires, vous savez que la suite n’est qu’une lente dégringolade…

 

On commence par réaliser que 108 000€, c’est une sacrée somme, qu’on se fait un devoir d’amortir, en s’astreignant à ramer le plus possible : le rameur devient petit à petit un confident, un ami, voire un membre de la famille : c’est la phase de Séduction.

 

En réalisant qu’un de nos 27 kilos superflus s’est fait la malle au bout de 6 mois de torture, on décide même d’attribuer un petit nom au compagnon de route, « Albert », pour ma part. La danse nuptiale vient d’avoir lieu, le couple entre désormais dans la phase de la Passion.

 

Les semaines passent, et on se rend compte que la machine à miracles se grippe, exigeant des efforts de plus en plus conséquents. Fierté oblige, on s’accroche bravement : c’est la phase de Déni.

 

Puis, vient le jour ou votre corps, lassé de cette relation masochiste, vous démontre l’absurdité même du concept, en refusant de ramer « plus loin ». L’esclave rentre alors dans la phase de Dépression

 

Bienheureusement, un beau jour, le galérien découvre d’autres qualités à l’ex dictateur : sa capacité à servir d’étendoir à linge, à proposer des aller retours rigolos sur le siège (sans même ramer), à décorer astucieusement un garage en parpaings, ou à servir d’aimant à poussière, merci, les lois de l’électrostatique, Pythagore et Thalès, nous vous devons décidément beaucoup…

 

L’ex esclave rentre alors dans la phase jubilatoire de la Libération, ou, à défaut de perdre ses kilos superflus, il libère sa conscience d’un poids au moins tout aussi important.

 

Vous l’avez compris : 4 ans après l’acquisition du tas de ferraille, je souhaite continuer à profiter de mon embonpoint sans croiser le regard d’Albert, à qui j’ai proposé de trouver une famille d’accueil aimante, pas nécessairement fortunée.

 

Rassurez vous, bien que j’aie attribué un prénom à ce rameur pendant la phase passionnelle, il n’a désormais qu’une valeur sentimentale très relative, que je situerais entre un tract Lidl et un sac à course Carrefour. Loin de moi, donc, l’idée de vous demander une portion significative du prix d’achat initia.

 

A vrai dire, je vous laisse cette merde pour 150 balles, 100 balles si vous négociez un tout petit peu (suggestion :  « c’est votre dernier prix ? »), 80 balles, même, si vous vous appelez Martine, Sylvie, ou Geneviève… A la réflexion, si çà peut lui faire débarrasser le plancher encore plus vite, je suis même prêt à vous livrer Albert en échange d’un pantalon Pat d’eph’ taille 46 !

 

Alors, chers amis - comme disait le prospectus - « n’hésitez plus à reprendre votre corps et votre santé en main, autorisez-vous donc à revivre les joies de la jeunesse. Votre corps vous remerciera ».

 

A ceux qui souhaiteraient s’assurer qu’Albert remplira bien sa fonction principale, ne vous gênez surtout pas pour emmener vêtements et pinces à linge : rien ne vaut un essai en conditions réelles, à Blagnac en l’occurrence.

 

Au plaisir !

 

Nico pour Philippe

 

© Nicolas CEDRAS, Avril 2019